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La soupe céleste de Monsieur
Chang
Une fois, il y a trente-cinq ans, j'ai joué
aux échecs par
correspondance avec Monsieur Chang. Alors que l'issue de la partie
ne
faisait plus de doute, il m'a invité la terminer sur son
échiquier. Il
m'a proposé de lui rendre visite dans son restaurant,
"La soupe
chinoise", rue Mouffetard. Il m'a accueilli avec un proverbe
de chez
lui: "Quand il n'y a plus d'arbres, il n'y a plus de singes".
Au mois de
mars de cette année, les éditions Poches Odile
Jacob ont publié le
dernier livre d'Yves Coppens, "Le genou de Lucy". Dans
le texte de ce
professeur au Collège de France je retrouve, en épigraphe
au chapitre I,
le mme proverbe. Le paléoanthropologue, dans sa préface,
donne ces
éclaircissements: "C'est un restaurateur chinois
de la Montagne
Sainte-Geneviève qui, un beau jour, m'a cité ce
proverbe; je l'ai
immédiatement noté et le lui ai fait écrire;
mais comme il n'était pas
trop sr de lui et sa femme, consultée, non plus, je l'ai
fait écrire
nouveau par un collègue Beijing; c'est de Chine que vient
donc cette
version-ci". En analysant la partie d'échecs avec
Chang, si dépourvue de
pièces!, il y a maintenant presque un demi-siècle,
j'avais compris le
sens du proverbe. L'immortalité me sembla durer un instant,
la création
tenait dans les limites de l'échiquier, et sur la minuscule
terrasse de
la tour, toutes les galaxies de l'univers. Et pourtant, Monsieur
Chang
ne relevait pas sa soupe céleste de "diamonds"!
Pouvez-vous jouer comme Kramnik?
Pour le savoir essayez de trouver les coups
des blancs.
Tournoi de Dortmound, 15 juillet 2000
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