ADIEU, BABYLONE !

" LIBERTÉ COULEUR DE FEMME " sera diffusé le 28 août 1993 sur France 2


un film écrit et réalisé par FERNANDO ARRABAL

 

LONG METRAGE

interprété par

LELIA ARRABAL et SPIKE LEE

 

Assistante à la Réalisation

Claudine LAGRIVE

 

Lumière et Caméra

Pierre MOSCHKOWITCH ET F.A.

 

Montage

Isabelle TARTAKOVSKY

Coproduction FRANCE 2/Cinécim

Avec le concours du

CENTRE NATIONAL DU CINEMA


Information de Presse:

Adieu, Babylone

Samedi 28 France 2 0.20.

Portrait

A coups de pièces scandaleuses, d'écrits sulfureux, de films blasphématoires, voici 30 ans qu'Arrabal tente d'assassiner son passé.

Comme un cheval fou

Peintre, écrivain, cinéaste et joueur d'échecs, un petit Espagnol aussi barbu que trapu s'offrit un jour le luxe d'affirmer en pleine gloire : " Un artiste, c'est un type qui rate. " (1) Fernando Arrabal, créateur furieux, grand prêtre de l'" anticonformisme poétique ", aime ces petites provocations qui font grincer les dents des peinturlureurs et des écri-vaillons. Arrabal a toujours une revanche à prendre. Contre la morale, contre l'ordre établi, contre les lois de la mesure.

Son histoire et ses ascendances espagnoles sont à l'origine de cette rébellion existentielle. Fils d'une commerçante ultra-catholique et d'un lieutenant républicain, il n'a que 4 ans, en 1936, lorsque son père est arrêté et condamné à mort par les sbires de Franco. Magnanimes, les militaires commuent la peine en trente ans de prison, et le père du jeune Fernando se retrouve enfermé dans une prison de Burgos. Nul ne sait exactement ce qu'il est advenu de lui par la suite, si ce n'est qu'il a sombré dans la folie et s'est enfui six ans plus tard, pieds nus dans les neiges de l'hiver castillan...

Dans la famille Arrabal, on porte le deuil dès la condamnation. Puis le nom du père blasphématoire parce que républicain est proscrit. Son portrait est découpé des photos. Tabou absolu. Fernando est élevé dans la rigueur de la foi catholique. Mais ni le cilice des bons pères. ni les projets militaires que sa mère nourrit pour lui ne parviennent à brider sa liberté d'esprit. Les Marx Brothers, qu'il va voir en cachette, ou la lecture de Lewis Carroll et Arthur Rimbaud l'ont déjà entraîné vers un tout autre monde.

Cet éloignement de la sphère familiale devient fracture irréparable le jour où Arrabal, âgé de 17 ans, découvre dans un grenier un paquet de lettres et quelques objets ayant appartenu à son père. Un passé secret, soigneusement enfoui par ses proches, resurgit d'un coup, avec un cortège de questions sans réponses et de soupçons terrifiants. Le lieutenant n'auraitil pas été dénoncé par sa femme ? Bouleversé, le jeune homme n'adresse plus un mot à sa mère durant cinq ans ; sa blessure ne se refermera plus. Et l'artiste, comme s'il s'agissait d'exorciser l'horreur, multipliera les allusions à ce passé tragique dans la plupart de ses úuvres. Le cinéma, le théâtre et les livres lui servent de refuge. A Madrid. il fait la connaissance d'Arroyo, le poète , se met à dévorer Kafka, Dostoïevski, Camus, Faulkner...

En 1952, alors qu'il est employé dans une papeterie madrilène, Arrabal écrit ses premières pièces (Piquenique en campagne et Le Tricycle). Mais c'est un drame de Brecht, Mère Courage, joué à Paris par le Berliner Ensemble en 54, qui décide de sa vocation théâtrale. Dès lors, le nom d'Arrabal sera indissociablement lié au mot "  avantgarde ". Passion ancienne. éclose dans la petite enfance, le théâtre est pour lui une cérémonie sacrée, et même sacrilège, qui permet de régler ses comptes avec la vie. Il ne se gênera pas.

Le début de sa carrière publique ne se fait pas en Espagne mais en France, où il s'est exilé pour " chercher la Toison d'or " (1955). Malgré ses nombreuses amitiés parisiennes (Breton. Ionesco. Topor, Jorodowski ... ) et son succès auprès des éditions Julliard, les Français des années 60 ne sont pas tous prêts à accueillir un auteur jugé " scandaleux ". Au cours du printemps 67, L'Architecte et l'Empereur d'Assyrie (2) déclenche des polémiques sans fin : ciel ! un homme nu !

Estil admissible de voir tant de débauche sur une scène parisienne ? Heureux, Arrabal continue d'aller comme un cheval fou. Son théâtre jongle sans cesse avec l'amour, la poésie, les fantasmes, la philosophie, la religion et le sadomasochisme... Quant à son père. il en a fait un personnage presque mythique. qui hante le décor de sa vie, de ses pièces, de ses films (Viva la muerte, en 1971) et de ses livres (Adieu Babylone, en 1992).

Plus de trente ans et de quarante pièces ont passé depuis les premiers esclandres, mais Arrabal n'a rien perdu de sa fougue. Il a simplement étendu ses ambitions à la terre entière. On le voit partout. A Paris et Madrid bien sûr, mais aussi à Londres, à New York, à Tokyo. Avec toujours cette même frénésie pour l'écriture, le cinéma, la peinture, et les coups de gueule. Toucheàtout génial pour les uns, grand mystificateur pour les autres, Arrabal brouille son image avec malice. Pour se venger de son passé en ricanant du présent, le fou aime jouer avec le flou

Marianne Boilève

Fernando Arrabal fait hurler les garants de l'ordre établi.

(1) Le Matin de Paris (septembre 86).

(2) Chefd'oeuvre de sa période "  panique ", mis en scène par Jorge Lavelli.

 

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Leila Fischer, une jeune marginale et meurtrière dans la Babylone des temps modernes.

ADIEU BABYLONE,

0 H 20, FRANCE 2

Arrabal à New York

Il s'agit bien d'une oeuvre comme on en voit que trop rarement désormais sur nos chaînes. Suivant dans un New York revisité par une caméra trempée dans le bain du surréalisme et du baroque espagnol à la sauce Dali ou Bunuel, le trajet d'une jeune femme marginale et meurtrière, Arrabal nous offre une vision kaléidoscopique de la métropole américaine, cette Babylone des temps modernes. Nous ne sommes plus ici dans la ville américaine, mais dans le cosmopolitisme fou de " la grosse pomme " (alias New York), un cosmopolitisme souligné par une bande son, passant des tambours du Burundi à Puccini avec bonheur. A voir, pour changer.

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