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Octobre 1989
Je te renvoie les épreuves corrigées. Aucune
faute. Attention aux accents. Je ne veux pas de traduction :
mes 5 sonetos ne la supporteraient pas entre les mornes fleuves.
Dis à Biren (1) qu'il tinte doucement sous mes draps.
Abrazos morunos.
F. Arrabal
(1) André Biren : né en
1942 au Luxembourg, éditeur et marchand d'estampes et
de livres à Paris.
Octobre 1989
Cher Baltazar en rase campagne,
Ci-joint la réponse de Jack Lang (1) à ma lettreÖ
sans coquilles, ni dentelles. Je pense que tu auras ton dû
(2) ou bien je te défendrai au sabre d'abordage.
Tous les prix, honneurs et médailles, tu devrais les recevoir
en triple exemplaireÖ pour pouvoir les distribuer (à
ta guise) aux commerçants de ton quartier.
Rien ne peut pâlir la pureté de ton âme ni
la fragrance de ton pénis élevé à
la dignité de phallus. Au pire nous nous retrouverons
au Purgatoire pour avoir trop lu Montaigne et pour avoir trop
aimé la Monarchie libertaire et régicide.
J'embrasse tes jupons roses.
F. Arrabal
(1) Jack Lang : ministre français,
né en 1942. (2) Régularisation avec la Caisse
d'assurance maladie des artistes.
1er novembre 1989
Virginal Baltazar,
I'm in Madrid because tele Dali. Volvaré por la mañana
en el Talgo.
Je m'ouvre à l'extase et réclame le catalogue (1)Ö
tout embaumé de mystère. Je veux corriger les épreuves.
Moi.
Je t'admire trop pour faire confiance à ta perspicacité
de chercheur de coquilles.
Gros désastre de boxeur mou ! I love you. Voici venir
le temps des rosaces humaines. Broomhead dans les tourbillons
de lumière darde son úil vers l'exquise douleur.
Il est adorable comme un ange sur un clavecin. Je veux rentrer
dans sa demeure de paon.
Je veux voir l'affiche (2) (ton affiche) pour ma pièce
à Luxembourg, la belle. Au rythme odorant de l'attente
je visite les damnés.
Je t'embrasse sous les hauts dômes en souvenir du Talgo
qui roule au son des cloches.
F. Arrabal
(1) Catalogue de l'exposition Baltazar à
la Galerie Broomhead, Paris, 1989. (2) Affiche pour une
pièce d'Arrabal à propos du Bicentenaire de la
Révolution française : L'extravagante croisade
d'un révolutionnaire obèse qui était donnée
au théâtre des Capucins à Luxembourg.
Novembre 1989
Cher Baltazar entre les doigts,
Dis bravo à Juan Carlos Canovas (1) pour son projet.
Cet aristocrate de Murcia est digne de Miguel Espinosa (2) (probablement
le plus grand romancier espagnol du siècleÖ mort
inconnu il n'y a pas longtemps comme il se doit sous le marbre),
né aussi à Murcia.
Nous avons fêté les 80 ans d'Ionesco dans un restaurant
en face de chez lui. Il y avait deux douzaines de Roumains et
en plus le " vieux " Gallimard (superbe dans son hiératisme
coiffé de blanc)... et Cioran (3) l'exilé. Ionesco
(4) n'a pas bu... aveuglé de vaillance. Il s'enveloppe
dans les plis de l'immortalité ou dans les toges de la
sagesse. Cioran souriait mais oui ! moins sobre que mélancolique.
Il a dit : " Je n'écrirai plus. J'en ai assez de
calomnier la vie et de dire qu'elle n'a pas de sens. " Luce
lui a répondu : " Ce n'est pas de la calomnie. Ce
n'est que de la médisance. " Ionesco et Beckett (5)
font partie de ma " famille " comme mon frère,
ma tante ou mon fils, je ne peux m'empêcher d'aller m'asseoir
près d'eux, de tordre le linge, battre les tapis, griller
du café, égorger le cochon, et même fermer
mes paupières derrière les cloisons.
Ne nage plus à reculons comme neige qui tombe.
Ton maître nageur.
F. Arrabal
(1) Juan Carlos Canovas : amateur d'art espagnol,
né en 1970. (2) Miguel Espinosa ; romancier espagnol,
né en 1925. (3) Cioran : philosophe roumain, né
en 1912. (4) Eugène Ionesco : dramaturge français
d'origine roumaine, né en 1909. (5) Samuel Beckett : dramaturge
irlandais d'expression française, né en 1906.
25 décembre 1989
Cher Baltazar sous les dalhias,
Tu me manques pour commencer cette nouvelle décennie
à la belle Romaine.
Tu es mon ours emplumé. Reviens (à Paris... pas
à Lisbonne) au plus vite avec tes coqàl'âne
et tes coquecigrues.
Que faistu ?... à la CadetRousselle dans cette île
(1) une fois de plus ? Lisbonne sans toi en est une... et déserte
!
Où en est la construction de ta maison ? Peuxtu résoudre
tes problèmes ? Astu besoin de mon aide ?
Je lis à nouveau Kojève (2) frôlant l'impalpable.
Orphelin de ta présence je plonge sous ma cloche et t'embrasse
nimbé de péchés.
F. Arrabal
(1) la Corse. (2) Alexandre Kojève : philosophe (français)
d'origine russe, né en 1902.
Décembre 1989
Julius, miroité aux marâtres, je peux passer
à la Galerie (1) voir l'exposition Benrath (2).
Quel jour me proposestu
Je t'envoie le geste de l'exil.
F. Arrabal
(1) Exposition à la Galerie Michel
Broomhead. (2) Frédéric Benrath, peintre français,
né en 1930.
Décembre 1989
Cher remueur de flammes,
J'irai faire un tour chez Daros (1) pour voir la typographie
du livre. Je suis curieux de savoir ce que tu as fait sur les
pierres de Bramsen (2) éveillé en fanfares.
Fête chez les Kundera (3), Milan et Vera, pour consoler
mon coeur et ma casquette de plongeur. Son nouveau roman s'appellera
L'immortalité. Kundera (M) déambulait dans son
appartement... et sur son palier, soulevant l'écume des
ronces. Pourquoi je l'admire tant ? V. Kundera s'agrippe au destin
d'un geste ingénu. Invités : Ph. Sollers (4) (indifférent
au galbe, veuf de son entité et fécond d'inconnu),
Antoine Gallimard (5) (entre les quais du rêve), Kristeva
(l'orgueil timide à la proue). Finkielkraut (6) (comme
l'onde qui file ; vif, lisse, naïf), Jean Daniel (7) (choyé
par son socle) etc. Au moins une douzaine de personnes. Il ne
manquait qu'une troupe de petites filles, une grotte de glace,
un désir d'hiver, des serres chaudes et un transatlantique
siffleur pour que Maurice Maeterlinck se lève dans sa
tombe. Celuici aimait les insectes sociaux et répressifs
comme les termites, les abeilles ou les fourmis. Je suis sûr
que Kundera (comme moi) préfère les cafards et
leurs danses d'amour.
Eteins s'il te plaît, les étoiles au matin. Besos
sans bornes.
F. Arrabal
(1) François Daros : typographe français,
né en 1942. (2) Peter Bramsen lithographe danois, né
en 1942. (3) Milan Kundera : écrivain tchèque,
né en 1929. (4) Philippe Sollers ; écrivain français,
né en 1936. (5) Antoine Gallimard : éditeur français
: Gallimard (Paris). (6) Alain Finkielkraut : écrivain
français, né en 1942. (7) Jean Daniel : directeur
de Le Nouvel Observateur, né en 1922.
1989
Baltazar de mon coeur,
Ton téléphone est toujours en panne plein de
brume opaline.
Mes messages... ouvrentils toutes les portes ? Alors que tu n'es
même pas Président du Sénat tel Poher le
malaimé. Nous partirons en excursion avec cette comédienne
italienne folle de toi. Elle vit un lent rêve de pleurs
effeuillés. Nous errerons jusqu'au soir vers la mer. Ne
porte pas sur toi de cimeterre. Les armes donnent la pestilence...
les curedents, aux quatre vents du ciel, laissent flotter les
âmes.
Un reflet alangui ineffablement bestial, comme une lune étrange
et chatoyante, me fait penser à cette soirée avec
Andy Wahrol (en mars 1982).
Besos et chiens de flammes.
F. Arrabal
1989
Cher Baltazar,
Quelle surprise étalée sans un pli !
En feuilletant une revue dans l'avion qui m'emportait vers la
hampe guerrière du théâtre (Fando et Lis),
une paire d'enceintes Bose (1) peintes par toi me saute aux yeux
et aux oreilles.
Comment se faitil que mes Acoustimas Bose à moi soient
blancs comme des pétales de seiche ? Je suis jaloux tel
un laser. Tu sais qu'il n'y a pas de plus beaux sons abandonnés
au nid que ceux de Gardel (2) (Carlos comme Marx), sortant de
mes Boses aux pattes de velours,
Je lis Gracián (3) (Balta(s/z)ar comme toi) mais tu es
fou comme Le Greco et génial comme lui.
Je suis le veuf, l'inconsolé à Córdoba la
gitana. Salut, infâme araignée.
F. Arrabal
(1) Satyendranäth Bose : physicien indien
(18941974) et compagnie fabricant du matériel acoustique
de haut niveau. (2) Carlos Gardel célèbre chanteur
de tangos argentin d'origine française. (3) Baltasar Graciaan
essayiste espagnol, né en 1601.
1989
Cher Baltazar,
Voici le texte pour Broomhead, je tiens à ce qu'il
figure aussi sur l'invitation avec d'éternelles rosées.
Je suis ton drapeau aux carreaux d'or sur la montagne sacrée.
Michel B (1) aimetil toujours les échecs ? Je l'ai vu
frissonner, frémir comme un chien TerreNeuve durant une
belle partie d'échecs.
De bivouac en bivouac, l'amour tend ses bras, mais il s'éteint
dans le silence. Ne jette plus à pleines mains tes étoiles
dans les flammes !
Tisse ton úuvre avec du ciel, prophète.
F. Arrabal
(1) Michel Broomhead : propriétaire
de galerie, né en 1950.
198?
Cher dieu caché dans sa main,
Une lumière filtre par le turban d'Hoffmann. Amen.
Bien sûr, viens déjeuner avec Matarasso (1) dans
mes mares mordorées.
Nous errerons jusqu'au soir de feuille en feuille.
Sa bibliothèque alexandrine, et surréaliste, close
sous sa couronne, est fabuleuse. Faismoi des photocopies à
l'encre flambée de ses articles d'art et reçois
en retour du courrier et au long de ces canaux un cygne d'avril.
Je serai à Nice (s.D.q.) avec les roubaïates, Platera,
Orphée, les yeux d'Elsa, l'Immaculée Conception,
Diane, MachuPicchu, Glaucé, Mortelle, Odelette, l'enchanteresse
de Thulé, Pantoums, Lyly Dale, black Loulou, Lazare, Keepsake,
Chimarea, Gloow, Moesta et errabunda.
Besos sur le vaisseau piano.
F. Arrabal
(1) Jacques Matarasso : Libraireéditeur
niçois grand collectionneur d'ouvrages surréalistes,
a édité plusieurs livres de bibliophiles avec F.A
et J.B.
non datée
Cher Baltazar,
Max Ernst (1), éveillé à la discipline,
contemplait ton úuvre et l'admirait, caché dans
sa vanité vaine. Il aurait dû dire ce que l'oubli
enterre dans sa puérilité. Matta (2) est plus illuminé...
et vivant... Dans les alcôves il y a une fanfare de tourmente
lorsque tu t'approches.
Partageronsnous dans un concert de fourchettes et de spoons l'agneau
pascal ramené à grand fracas de cliquetis et de
portejarretelles par notre SaintAndréBiren ? Fais chauffer
le tiroir-caisse au chant du mortier. Adiós maestro de
porcelana.
F. Arrabal
(1) Max Ernst : peintre surréaliste
allemand, fixé à Paris en 1922, né en 1991.
(2) Roberto Matta : peintre surréaliste chilien établi
en France, né en 1911.
non datée
Cher Baltazar à taille de cerisier en fleurs,
Dis à Zoé, ma bienaimée aux seins pleins
de larmes qu'elle me garde, serré contre son portejarretelles,
un exemplaire du livre (1) qu'elle a édité : K.
White/Zao WouKi (2). Ce dernier est un dauphin poignardé
(dessin) : un peintre, d'ailleurs, comme Le Greco, Tumer (3)
et toimême quand tu veux. Mais tu préfères
souvent te glisser dans les miroirs. J'ai vu l'expo Saura à
Stadler (4) (avant mon départ) : je plonge au creux de
l'émeraude. Je veux écrire pour lui un autre livre
: Concert avec coup de pistolet (5) (Zoë Verlag, Bitte !).
Aufvidersen, mein Beethoven.
F. Arrabal
(1) Dans les provinces du Nord. (2) ZaoWouKi
: peintre chinois établi àParis, né en 1920.
(3) William Turner : peintre anglais, né en 1775. (4)
Galerie Stadler : rue de Seine. (5) Variante non éditée
du Matin des amours.
non datée
Cher Baltazar,
Le train est à 11 heures (1). Viens me prendre à
9 h 30. Habille-toi discrètement. Je le serai aussi. Que
nous n'ayons pas l'air de banquiers en fuite aux mamelles de
pierre. Surtout ne prends pas, avec l'encens de l'iris, cette
affreuse cage à canaris. Il vaut mieux que tu apportes
ton goûter sous ton chapeau melon. Je te préfère
en jeune clergyman obscène plutôt qu'en brigand
au galop rancunier. Salut frère impétueux.
F. Arrabal
(1) Pour le Luxembourg : préparation
de l'exposition autour de F.A. à EschsurAlzette, 1989.
non datée
Cher Baltazar,
Je suis en Espagne, avec volupté. L'esprit des morts
veille ! Et encore je ne parle pas de mon Père.
Tes toiles sontelles couvertes de points rouges ? Astu la scarlatine
des triomphateurs ?
Matarasso (1), je le sens impatient comme le péché.
Que veutil sonnet alexandrins, des charentaises ou une grive
vive, naïve et pure ? Je l'adore... bien que je ne puisse
adorer que Dieu et mon père.
Je rentre jeudi avec la lune aux mousselines catastrophiques.
Sois à la maison à 11 heures. Please ! ne chipote
pas quand tu mangeras " ma " viande et mets la cravate
chic que je n'ai pu acheter qu'à Luxembourg. Je me fends
pour toi, chouchou au pinceau rageur.
Besos.
F. Arrabal
(1) Jacques Matarasso: Editeur à Nice,
né en 1922.
non datée
Cher Baltazar,
Cijoint (tu me coûtes une fortune en timbres) la pile
de livres dédicacés, comme des draps blancs éclaboussés
de sang, pour les Bourdois, Schuhl, Miguet, Bouchet (1)... Il
faudrait qu'ils se cotisent au milieu des serpents pour t'offrir
une valise en peau d'étoiles.
Besos et navires.
F. Arrabal
(1) Bibliophiles collectionneurs. Les Miguet
sont en outre relieurs.
non datée
Cher Baltazar enfant espiègle et turbulent,
Merci pour la photocopie. Voici ma réponse sans fleurs
noires à ta question brûlante : en effet j'ai écrit
à André Breton la lettre dont tu parles (1) dans
l'onde farouche de ma vibrante ardeur surréaliste. Il
est curieux que le nom de ce peintre soit gratté. L'inutile
flamboie... mais peutêtre estce mieux ainsi. Je t'annonce
: tu l'as connu... (*) It's enough... dis à Monsieur Bourdois
qu'il peut avoir la réponse au cas où tu aurais
recouvré la mémoire.
Salut impérieux adolescent tentateur
F. Arrabal
(*) Ta prime jeunesse libérée
par la joie force l'indulgence.
(1) André Breton : écrivain
français, né en 1896.
non datée
Baltazar fauve,
Je suis fier comme le midi brûlé que tu n'aies
pas été accepté par la Commission d'Achat
de l'Etat (à mort !) avec ses langueurs ondulées.
Cela signifie sur la mer et sur le ciel que tu es hors courant
tel le chien de flammes... et donc que tu échapperas sans
vaisseau ni trompette à l'éphémère.
Tu seras éternellement panique. Nous vivons, je l'ai lu
dans les gazettes, une époque de poudre aux yeux... tu
n'es pas fait de magnésium. Vive les planètes saturniennes
dans la fureur solaire. Ambitieusement et au bord des talismans...
la gloire te tend les bras, veinard...
Besos.
F. Arrabal
non datée
Cher Baltazar palpitant,
Je connais quelle fut ma démence effritée aux
4 vents. Elle s'exhibait dans ma calligraphie, comme l'aube mêlée
au crépuscule : Astu vu mon livre avec Fassianos (1),
publié tel un avril ardent par Biren, notre mélodieux
Chinois ? Tu comprends que la typographie est un attentat à
la folie : seule, l'écriture montre la déraison
du poète. Toi tu es un chefpattes-demouches... mais tu
peux saisir les dingueries ignorées que cache une calligraphie
sous l'orage (comme celle que la Nature dans sa somptueuse générosité
m'a donnée), abandonnée dans les marécages
de la poésie. Tu es l'enfant égaré dans
le château des ténèbres.
Besos.
F. Arrabal
(1) Aleco Fassianos : peintre grec, né
en 1938. Sa corolle noire, Editions A. Biren, 1988.
Janvier 1990
Cher aquarium,
J'erre dans les limbes (J'ai vu ma pièce... atroce
!) et j'écris mon roman les yeux fixés sur le tapis
de cet hôtel.
Je n'ai pas pu voir Blaizot ni les Miguet malgré les hochets
de clarté.
Excusemoi auprès d'eux avec trois boîtes d'asperges
(d'Aranjuez... comme Hannibal).
Je t'envoie un bouquet d'ifs avec une brassée de houx...
partageles avec Zoë et partageonsla.
J'ai rêvé d'assassinats... mon Othello.
Je t'embrasse goutte à goutte, à la bussarde.
F. Arrabal
8 mars 1990
Cher tombeur de feuilles,
Quelle folle soirée chez les Cortot. Je me suis montré
trop agressif mais je n'aime pas qu'on attaque JeanMichel Ribes
(1) (I love them) même à la sauce mousseline.
Je lis Hrabal (2) et Mishima (3), ils m'ont plagié tous
les deux... et, j'en suis sûr, sans avoir eu besoin de
me lire. Le Tchèque d'ailleurs m'a piqué mon nom
20 ans (XX) avant ma naissance ! Et la police se croise les bras
par peur de la populace ! Du coup je me mets à écrire
le texte pour Argimon (4) avant que quelqu'un ne vole mes rêves
!
J'aime Dmitrienko (5), ses préludes, ses menaces de mort
! La prochaine fois viens rue Jouffroy avec un tableau : je serai
royal (jusqu'à 17 700 F). Pas de toile riquiqui, je compte
l'accrocher à une constellation au ras de l'horizon.
Besos engloutis.
F. Arrabal
(1) JeanMichel Ribes : metteur en scène,
fils de Cortot, né en 1942. (2) Bohumil Hrabal : écrivain
tchèque, né en 1914. (3) Yukio Mishima écrivain
japonais, né en 1925. (4) Daniel Argimon : peintre espagnol
qui expose chez Broomhead, né en 1939. (5) Pierre Dmitrienko
: peintre français, né en 1925.
New York, avril 1990
Baltazar de mes cygnes,
Je suis comme un poisson soluble dans ce N.Y. que Breton justement
soupçonnait de messeoir.
J'habite chez Miotte comme un triton sur sa crête.
Tom O'Horgan (1), le metteur en scène de ma pièce,
adore tes tableaux et mange des oursins à section carrée.
A propos d'oursins, tu me manques dans les tristes transepts.
Prends un hélicoptère (au Bourget) et passe me
voir de 5 à 7.
J'ai vu l'exposition Alechinsky (quel émetteur d'ondes
!), un tableau (1963) de Gironella (2) (à la taille bien
prise), relu Cioran (3) (quelle joie !) plané en montgolfière
(... pour la dernière fois... la salope ... j'en suis
tout retourné... je les hais... il faut changer leur nom
... j'ai failli mourir de peur).
A bientôt aux grottes rupestres d'Amazonie. Convulsivement
tien.
F. Arrabal
(1) Tom O'Horgan : metteur en scène
américain, né en 1931. (2) Alberto Gironella :
peintre mexicain du groupe Panique, a fait partie aussi du groupe
surréaliste, né en 19,30. (3) Cioran : écrivain
rournain, né en 1911.
Avril 1990
Cher Julius,
Viens mardi déjeuner avec Michel Déon (1) (où
l'âme se tapit). Prends le papier Japon que je t'ai rapporté
de New York (Quelle chance tu as : je ne ferai pas cela pour
mon percepteur en tutu rose bonbon).
Soyez là à 12 heures tapantes. La viande ne
peut attendre... sinon : semelle de plomb... et l'assurance ne
rembourse pas les rideaux tachés de sang.
Besos, ma flamme.
F. Arrabal
(1) Michel Déon : écrivain français,
né en 1919. Elu à l'Académie Française
en 1979.
Mai 1990
Cher Baltazar de ma sieste,
Je me réveille. Il est 17 h 30 (heure brésilienne).
Pardonnemoi avec peluche et plume, je ne pourrai pas être
à l'Académie Française (1) au déclin
de l'horizon. Mais je sais que ta Télécarte aux
hanches nacrées est digne de nous, recto et verso. Elle
a enchanté les foules de Rio de Janeiro, la gendarmerie
(à cheval) et les chers parents de mon filleul adoré...
dont on dirait qu'il dort dans un clavecin.
Michel Déon, mon bienaimé jardinier pervers, doit,
paraîtil, rester quelques jours à Paris, je veux
le voir à mon retour.
Quelles sont les dates de ton Exposition chez Nouvellet (2) ?
Près du canapé orphelin je te baise sur le front,
fier chevalier de l'éléphant Maya.
F. Arrabal
(1) Réception donnée à
l'Académie française à l'occasion de l'entrée
du met "télécarte " dans le dictionnaire
; à cette occasion une télécarte illustrée
par Baltazar. (2) Olivier Nouvellet directeur de galerie, Paris,
né en 1948.
(Papier à entête: COMITE POUR LA LIBERATION DU
PEINTRE IBARROLA)
(Annotation de F. A.) : J'ai créé ce comité
il y a 20 ans avec Picasso, Calder, Vassarely, César,
Max Ernst, Masson, etc... et Ibarrola fut libéré.
15 juin 1990
Hombre !
Gracias mil (1000) pour l'envoi de la publication que Blaizot
a éditée àl'occasion du 150e anniversaire
de sa librairie. A quand les 150 siècles ? Il les mérite.
Ton collage est si beau qu'on a envie d'uriner dessus à
la lance. Quel albatros !
Dis à Blaizot que dès que je serai Roi d'Espagne
je le nommerai Duc et Eternel comme le pois chiche de Cicéron.
Je vous aime tous les deux dans mes rêves et dans mes prières.
Je t'embrasse paré des couleurs de Jupiter.
F. Arrabal
(1) Ibarrola : peintre espagnol, né
en 1928.
Juin 1990
Mon puits insatiable,
Je t'ai acheté toutes les couleurs que tu voulaisÖ
et 10 chasse-mouches mortes comme le dit la chanson.
Un beso en sautoir.
F. Arrabal
Juin 1990
Cher bonze japonais,
Artur Lundkvist (1) tel Isaïe, a eu une idée digne
de nous.
John Calder (2) tel Hiro Hito, est un éditeur digne de
nous.
Newton, tel Manolete, est une collection digne de nous.
D'ailleurs Newton lui-même me confiait récemment,
tandis que coulait le Potemkine heurté par un iceberg
de Broadway : " Et pourtant, elle tourne, mon
cher Galilée. "
Soyons sérieux, titaniques et surtout dignes ; dans
le livre, il ne faut écarter aucune lettreÖ même
celle où plane le mystèreÖ Seul Dieu nous
jugeraÖ et R.B. (q.e.p.d.).
Je guette de mon balcon le retour de jours plus sains et je pris.
Je t'embrasse à pleins poumons, kamikaze !
F. Arrabal
(1) Artur Lundkvist : poète suédois
" gran électeur " du Prix Nobel, né
en 1908. (2) John Calder : éditeur anglais,
né en 1929.
Juin 1990
Hombre,
Tu me détestesÖ nourri du lait des Muses et des
chèvres-feuilles, je le sais. Tu ne peux le nier à
cheval sur une cathédrale. Pourquoi me narguer en m'envoyant
cette plaquette pour les CL ans de la Librairie Blaizot, avec
une viole de gambe à amidonner les porte-manteaux ?
Je n'ai pas 150 (CL) ans, moi. Tu es aussi un maître du
collage, hélas ! Je l'apprends par hasard, cachottier !
Blaizot devrait boire ton haleine multicolore aux nuages irisés.
Quelle complicité tirée au couteau !
En attendant mes 150 ans je vous pardonne à tous deux
au-delà du déluge, puisque vous communiez dans
le talent.
Sinistrement tien.
F. Arrabal
26 août (-00) 1990
Belge-Ta-Tzar (1) de mon éternelle Russie flamande,
J'ai été affolé en recevant ton invitation
pour Spa (2). J'ai cru que tu participais au Grand Prix Automobile
sans ton copilote : moi.
Pas un sourire de la terre : je lis encore une préface
de Butor pour ton exposition. Et excellente qui plus est. J'enrage.
Heureusement je ne suis pas obsédé par ton Butor
à toutes les sauces sur mon gilet de satin chamarré.
Quelle affaire pour ton galériste (et non galérien)
spasian (Piront). Après la vente de tes tableaux il pourra
s'acheter les écuries Mac Laren et Ferrari avec leurs
turbans de soie et les prunelles de leurs yeux. Phylis Zatlin
(3) m'a appelé pour me conter ton triomphe. J'ai décidé
de cacher mes lunettes noires pendant ma relecture de l'Anti-ådipe.
Quel rythme ensorceleur. Je baise tes seins de négresse.
F. Arrabal
(1) Allusion aux origines belges de Baltazar.
(2) Exposition à la Galerie Paul Piront, Spa, 1990.
(3) Phylis Zatlin : universitaire américaine,
née en 1939.
Août 1990
Cher Baltazar,
Ecoute-moiÖ interromps ta partie de pêche :
j'ai trouvé un acheteur pour trois de tes toiles. Mais
tu es parti comme un obus pour ton île-Hospice. Et pas
de téléphoneÖ ni de pigeons voyageurs. Mais
ne vends pas ta conscience ni ton sperme. Fais vite c'est un
Sud-Américain plein de charme et de charbons ardents,
sans compter sa Lady, au Chemical Bank. Téléphone
chez les Prématurés à Madrid (my sister).
Je verrai Saura étouffé de scrupules et j'attends
ta lettre, ruisselant d'énergie comme un chiffon barbouillé
de mots. Courage vaillant dévoreur de figatelli (1).
Besos.
F. Arrabal
(1) Charcuterie corse.
Août 1990 (1)
Mon prince Julius,
On t'attend avec la Reine Mère. Le couvert est mis.
Buckingham est chauffé irrégulièrement :
viens avec de grosses laines et des gants de skieur. Ne rote
pas trop souvent : ils peuvent être jaloux. J'ai réussi
à changer leur vieux carrosseÖ mais voilà
qu'ils veulent maintenant un side-car à la place. Ce sont
des gens frustrés qui font des caprices. C'est normal.
Je les aime bien quand même.
Besos à reluire.
F. Arrabal
(1) Carte de Londres.
Août 1990 (1)
Consul Baltazar,
La Reine est aux anges. On t'attend tous pour le bain. Amène
un caleçon propre je t'en supplie. Elle veut te parler
en toute simplicité de sa libido. Vous vous sécherez
avec la même serviette. Restrictions obligent. Ne t'en
formalise pas.
Ton Kraepelin impossible à ébranler.
F. Arrabal
(1) Carte de Londres.
Août 1990 (1)
Cher croa-croa,
Si tu savais à quel point elle me gâte !
Encore hier elle me disait : " tu es mon sceptre "
avec, m'a-t-il semblé, un je ne sais quoi de libidineux.
J'évite ses propositions en riant. Je ne tiens pas à
me retrouver sur le trône d'Angleterre pour la vie. Mais
elle est si charmante et câline quand elle me dit :
" je vais te croquer " ou : " je
vais te faire mourir de plaisir ". Le climat ne me
convient pas, malgré tout, frisquet le matin, humide le
soir.
Besos rupestres.
F. Arrabal
(1) Carte de Londres.
Août 1990
Mon Carthaginois du Bosphore... australien,
Te restetil des cartes de vúux et des lionceaux au
beau plumage ?
Quand quittestu ton île ?
Besos grignotants.
F. Arrabal
New York barbare
octobre 1990
Cher Khastor de mes arbres,
Castor,
Je me lève vers la vie. Tu serais fou (crazy). Mais
tant pis tu n'es pas un rival pour Kasparov à la porte
crépusculaire.
J'espère ne pas manquer l'exposition de ton protégé
Cortot à la B.B.
Mets ton plus bel habit maritime et hivernal pour me représenter
au soleil endetté. Je sais qu'à la F.I.A.C. Zao
WouKi a une très belle toile... la plus belle : elle mange
la lumière et l'eau-devie. Ubac aussi chez Maeght arrive
à l'heure païenne. Mais paraîtil ailleurs...
des marteaux au coeur.
Besos à l'anis grec.
F. Arrabal
1990
Cher Africain de la dernière polka,
D'après les statistiques sanitaires que je dévore
puisque je ne fis pas les journaux, je suis à Tunis. J'avais
décrit ce voyage : il y a 20 ans, dans Viva la muerte
(1), encrassé dans l'or. Tout ceci pour t'avouer que je
ne veux pas écrire encore 5 sonetos. D'abord tu ne lis
pas l'espagnol et puis nous avons déjà fait un
livre avec le même titre. (Les statistiques sanitaires
peuvent témoigner à la hauteur du miroir des grives.)
Pour Xénakis (2)... je ne vois pas. Il est si gentil...
mais son eau malingre ne fait songer que mes somnambules. Tu
voudrais que je collabore avec toutes les " personnalités
" (violons, maîtres) que je rencontre, même
sur la mer Tyrrhénienne. Francis Bacon (3) idem... encofe
plus gentil surtout au Flore (4) au fond des charmilles, mais
sa lune grimace, son corps supplie, son fumier balance. Je ne
sanglote plus comme mes personnages de La bicyclette du condamné
(5)... maintenant je souffre parmi des caillots de souvenirs.
Je suis jaloux de Sartre (6) : " Tu as vu, Arrabal, le succès
que j'ai avec les femmes ? " Il y a onze ans de ça
et les étoiles sont toujours obscures, d'après
les statistiques sanitaires.
Mets ton chapeau de matelot et ton atlas d'astronomie... je t'embrasse
entre cartes et compas.
F. Arrabal
(1) Viva la muerte : film d'Arrabal de 1970.
(2) Xénakis : compositeur français d'origine grecque,
né en 1922. (3) Francis Bacon : peintre britannique né
en 1909. (4) Flore : café littéraire de Paris.
(5) " La Bicyclette du condamné " : pièce
d'Arrabal (Théâtre H, 1961). (6) JeanPaul Sartre
: écrivain français, né en 1905.
1990
Julius aux grands rameaux,
Je suis jaloux à la venvole de ta Bibliothèque,
de ses trésors et de ses marées hautes. Malgré
tout j'ai terminé la préface pour les Miguet (1)
à l'abri de madrigaux intrigants. J'adore Réjean
Ducharme (2). Je viens de lire le manuscri(p)t de Devade. Ce
roman paraîtra chez Gallimard après les vacances...
quel nez quivoque!
J'espère que Butor avec ses ondes farouches (traître
!) ne viendra pas encore m'énerver à la demisolde.
Je resterai calme. Je résisterai stoïquement telle
la Turquie, à ses cheveux d'ambre. J'ai fait une copie
de la préface pour Blaizot. Atil toujours sa barbe fleurie
de baisers aux sables nus ? Glisselui un mot bleuâtre (époque
GrecoPicasso) aux bords effrangés. Qu'il relise les épreuves
: je lui fais monotonement confiance comme à un rubis
filé ! Je me méfie surtout de son voisin Alfred
Jarry (3).
Besos blêmissants, de cierges.
F. Arrabal
(1) JeanPaul et Colette Miguet : relieurs
français, né en 1933. (2) Réjean Ducharme
: romancier canadien, né en 1938. (3) Alfred Jarry : écrivain
français, né en 1873.
1990
Cher Baltazar aux cheveux de marmotte brûlée,
Antonio Saura (... et non son frère " le petit
" (1" t'attend avec Zoë dans la volupté
de Tupapaus.
Avant mon départ, au milieu des prairies de juillet qui
inondent son palais (... de Saura " le grand ") somnolaient
des baleines aux lents pendules. C'est vraiment inkroyable !
Tu peux le constater au 14 de la rue Javelot dans le 13e. "
Fluctuat nec mergitur " et ne crains pas le GulfStream.
D'ailleurs il fera nos lithographies pleines de neiges ivoirines.
Il travaille chez Peter Bramsen (2) tous les jours tel un cétacé
décadent.
Attention : l'océan peut s'embraser, comme tes cheveux
aux flammèches des feux de joie.
Cuidado hombre.
F. Arrabal
(1) Carlos Saura: cinéaste, né
en 1932. (2) Peter Bramsen : lithographe danois de l'atelier
Clot, Bramsen et Georges, né en 1936.
1990
Julius Julius,
N'écris pas, sous la cloche, Arrabal avec un T (1)
mais avec un J comme Nabuchodonosor. Quelle orthographe de métèque
wasp ! A part ça ton texte, vaguement orangoutan, me plaît
jusqu'à la terre de Sienne.
Viens chez moi dimanche Oc serai de retour). Claudine sera là
avec son tank russe et les cordes de sa lyre. Accords avec Ludmila
et Aloys en chant de ruche ! Après le goûter, au
galop, sur la route, nous irons surprendre Guillevic (2) chez
lui à l'heure du loup blanc.
Les genêts ont fleuri et les géants aussi... hélas.
Je les hais Mais la "Galicia " " me humidifica
el alma ".
Salut mon grand parasol.
F. Arrabal
Fugace avec un C. pas avec deux S. Cijoint ton texte corrigé
et lisible comme un Mongol sur une mer de sinople.
(1) A propos d'une préface écrite
par Baltazar pour l'invitation à une exposition de peintures
et de collages d'Arrabal à Accatone, Paris. (2) Eugène
Guillevic : poète français, né en 1907.
A réalisé plusieurs livres avec Baltazar.
1990
Monstre gorgé de pourritures terrestres,
Julius querido,
Il faut, Prince de Bois, que tu m'écrives à
la belle étoile la préface pour mon exposition
à Accatone, telle la corne de brume. J'ai confiance en
ta subtilité, ta promptitude, ta serre chaude, ton pénis
à la nage... mais je t'en prie, il faudra que tu me laisses
corriger ton texte avec mon miroir de grive : je déteste
les fautes d'ortografe aux asperges hallucinées. Je préfère
les miennes aux hoquets de cuivre.
Salut mon glaçon chaud de Lima (Pérou).
F. Arrabal
non datée
Cher Baltazar bronzé de liberté
Voici les textes pour TELECOM, comme des putasseries d'Avignon
aux saintes huiles.
Choisis celui qui te conviendra pour la télécarte
à peau virginale. Cela paieratil mes communications téléphoniques
(chastes comme l'infini) jusqu'à ma mort (... lointaine)
? Nous les poètes, rêvons de chiffres empourprés
aux troupeaux de zéros. Comment les gens vont-ils utiliser
ce rectangle de plastique qu'engloutit l'Eternité ?
Grâce à toi il devient, de plus, un objet de convoitise
pour les crapauds déshydratés et les collectionneurs
glauques.
Sous le feuillage trembleur, saigné au vermeil, je t'embrasse.
Viva el ajedrez !
F. Arrabal
15 janvier 1991
I love you Zoë
Come... to my bed
Dear Baltazar,
Congratulations for you beautiful victory against Kasparov.
Best regards.
F. Arrabal
Happy New Year
Janvier 1991
Baltazar de mes navires,
Oui je veux écrire un hymne de guerre pour votre livre
Amazone. Je lis et admire Luis Mizoon (1) et ses transatlantiques
de laine. Quel poète dans l'enfer de Rimbaud ! Rien n'agite
sa transparence éprise d'espace. Je baise ta tête
humide et tes instants passés.
F. Arrabal
Venez jeudi 13 avec du maté et des épithalames.
(1) Luis Mizón : poète chilien,
né en 1936.
février 1991
Baltazar dans la luzerne,
Je réponds : PierreJean Jouve (1) jamais vu sauf chez
Paulina, Roland Barthes (2) : peureux comme un marais verdâtre
et fin comme une algue, SaintJohn Perse (3) : jamais vu, même
pas sur les efforts de l'anabase, J. Lacan (4): il soufflait
des lanternes mais n'oubliait pas la fièvre ancienne des
mots. Vargas Llosa (5): des fois il danse avec Satan pendant
l'orage. J.L. Borgès (6) : A Tokyo, à l'Ambassade
d'Espagne, en 1985, il se métamorphosa en moi (et moi
en lui) parfumé pour un soir au pollen des dieux. Orson
Welles (7) : résigné, mélancolique, amoureux
et, dans ses oreilles, l'écho de son génie. Moravia
(8) : écureuil revenu des enfers, désenchanté,
Georges Mathieu (9): jamais vu à la bataille de Bouvines,
LéviStrauss (10) : regarde devant soi, châtie les
metteurs en scène de théâtre (avec tant de
justesse !), couleur de pensée, Pasolini (11) : excitante
poupée disgracieuse et brisée, à l'extérieur
d'un mâle poète. Gombrowicz (12) : pédant
sous les étoiles mais poudré d'or. Dos Passos (13)
: plus chauve que son cigare... dans la grisaille des pleureuses.
Buñuel (14) : attachait son cheval à la grille
invisible de son enfance. Max Ernst (15): à l'ombre bleue
de ses yeux la chimère dormait. Man Ray (16) : épouse
: aux mamelles de miel ; lui : moins révolutionnaire qu'elle...
moins livré à la grâce. Magritte (17) et
son chien : deux flammes légères dans un lupanar
de Kant.
Prévert (18) : parleur pâteux, trébuchant
sur ses têtes de noeuds. Harold Pinter (19) : jamais vu...
dans sa mission céleste. Dürrenmatt (20) engloutissant
l'éternité de très bon appétit. Max
Frisch (2 1) Egouttait ses effervescences comme un goupillon.
Mais pourquoi veuxtu tout ceci ? Besos, hombre !
F. Arrabal
(1) PierreJean Jouve : écrivain français,
né en 1887. (2) Roland Barthes : sémiologue français,
né en 1915. (3) SaintJohn Perse : poète français,
né en 1887. (4) Jacques Lacan : psychanalyste français,
né en 1901. (5) Mario Vargos Llosa : romancier péruvien,
né en 1936. (6) Jorge Luis Borgès : écrivain
argentin, né en 1899. (7) Orson Welles : cinéaste
américain né en 1915. (8) Alberto Moravia : écrivain
italient, né en 1907. (9) Georges Mathieu : peintre français,
né en 1921. (10) Claude LéviStrauss : ethnologue
français, né en 1908. (11) Pier Paolo Pasolini
: écrivain et cinéaste italien, né en 1922.
(12) Witold Gombrowicz : écrivain polonais, né
en 1904. (13) John Dos Passos : écrivain américain,
né en 1896. (14) Luis Buñuel : cinéaste
espagnol, né en 1900. (15) Max Ernst : peintre allemand,
né en 1891. (16) Man Ray : peintre ci photographe américain,
né en 1890. (17) René Magritte : peintre belge,
né en 1898. (18) Jacques Prévert : poète
français, né en 1900. (19) Harold Pinter dramaturge
britannique, né en 1930. (20) Friedrich Dürrenmatt
: dramaturge suisse, né en 1921. (21) Max Frisch : dramaturge
suisse, né en 1911.
7 mars 1991
Cher Baltazar catalan,
Eclaboussé d'étincelles je reçois ton
catalogue. Broomhead célèbre l'exactitude. En pleine
" guerre " ( ... ) (1) il a raison. Il sait mériter
les méandres. Quelle disposition pour tisser dans le théâtre
de son repli ! Colette Gallimard (2) ne se satisfait de rien
de moins que de tes toiles.
Les fous (fil = fou) du jeu d'échecs sont les éléphants,
les montures d'Indra roi du ciel. Ils représentent la
rapidité imprévisible, ils peuvent devenir violents
contre Nalagiri (3). C'est pour ce motif qu'affolée par
le temps, l'existence de tes admirateurs et de tes détracteurs
n'est plus qu'un songe.
En éveil.
F. Arrabal
Gardetoi du clairon pour éléphants d'un roserouge
aux accords cerise.
(1) Guerre du Golfe, 1991. (2) Colette Gallimard
: bibliophile, seconde épouse de Claude Gallimard. (3)
Indra et NaIagiri : dieux du védisme.
21 mars 1991
L'esprit vide s'adapte à l'inspiration (1). Besos.
F. Arrabal
(1) Première d'une série de six cartes postées
le même jour.
21 mars 1991
Affamé de figuration tu te rassasies d'apparences abstraites.
Adiós.
F. Arrabal
21 mars 1991
Tu crées un jeu de miroirs pour supporter tes angoisses.
Besos sin fin.
F. Arrabal
21 mars 1991
Je médite sur la réalité de tes tableaux.
Abrazos.
F. Arrabal
21 mars 1991
Grâce à ton úuvre tu retournes à
ton essence.
Besos.
F. Arrabal
21 mars 1991
Cherche une explication plausible au mystère de la
création "ahijado de mi corazón ".
F. Arrabal
Mars 1991
Mon cher et jeune clergyman,
Joshua (1) a récupéré un article sur
toi et ta télécarte dans le New York Times. Le
Gulf Stream pousse sur l'air de " vanité des vanités
", j'espère qu'il ne trouve pas trop de naufrageurs
du Titanic. Ta télécarte pour l'Académie
Française n'a de jacinthe velue que le titre puisque tu
l'appelles : " lame après lame " comme 67 de
tes "acrylique sur toile 1991, 150 x 110 cm ".
Camacho (2) m'apporte Sauts de temps, un livre de Ernst Jünger
(3) avec des dessins de Horst Janssen (4). La dédicace
que m'écrit Jünger surprend par la jovialité
de son écriture... mais il n'a que 96 ans ; les chemins
du ciel s'enténèbrent passé " l'âge
biblique " (80 ans). Le crépuscule est aurore. Diogène,
Bouddha, Confucius, Socrate, tous auraient vécu centenaires
sans fards ni tutus à notre époque. Je veux être
philosophe !!! ... non : plutôt je voudrais vivre sous
l'autorité de la vérité, du bien, et de
l'amour. Mais sans arborer la vertu tendue entre la joliesse
et les lauriers.
J'embrasse ton front sans diadème.
F. Arrabal
(I)Joshua Watsky: acteur américain,
né en 1960. (2) Jorge Camacho : peintre cubain, né
en 1934. (3) Ernst Jünger : écrivain allemand, né
en 1895. (4) Horst Janssen: peintre allemand, né en 1942.
18 avril 1991
Je rentre de N.Y. dimanche. Je te propose de venir à
Bruxelles avec moi mercredi 17 pour la conférence sur
Dali.
Je serai à A 2.
Viens à 15 h.
Il y a un TEE à 16 h 40. Arrivée: 19 h 30.
Prends. les billets, d'avance... quelle corrida.
Abrazos.
F. Arrabal
Août 1991
Monstre Julius, intime Baltazar,
Je suis sans l'adresse de Déon comme les cendres du
condamné sans la feuille.
Ecrislui en mon nom. Remerciele de son texte... et des blancs
rameaux.
Je traîne en ton absence mes falbalas et mes marbres nus.
F. Arrabal
Août 1991
Cher Vésuve,
Astu l'adresse d'un encadreur d'enfer et de flammes. J'ai
quelques Tanguy (1), Magritte, Camacho... à suspendre.
Mes commères déblatèrent (à tort)
: elles prétendent que leurs cadres actuels ne sont pas
dignes d'ellesmêmes sur le Pont de Brooklyn.
Mais je regarde les yeux jumeaux, le nonchaloir de l'arrière
clarté. Je suis suivi à Madrid par des paons câlins
à l'odeur reconnue. Pour le moment pas de tanks à
l'horizon. J'aime mieux " ça ". Je ne suis pas
Richard Wagner.
Senstu croître les oeillets à fond de train? ?
Besos palaciegos.
F. Arrabal
(1) Yves Tanguy: peintre américain,
né en 1900.
Août 1991
S.O.S. Amiral Baltazar,
Je suis " coincé " à Madrid. En panne
d'invitations (souligné trois fois).
Il n'y a personne chez Broomhead. Pense à la paille pour
ses poissons. Atil joint Topor (1) ? Quand rentrestu de tes vases
profondes ?
J'embrasse les sarments morts de tes vignes.
F. Arrabal
(1) Roland Topor: écrivain et dessinateur
français, né en 1938.
Août 1991
Cher Julius,
Même mes mimosas de tes cheveux languissent à
la lumière des locomotives.
Je reçois la préface de Déon digne de nous
embaumée de ses senteurs irlandaises, l'affiche de Broomhead
(au son de la harpe et de la cithare) et ton billet doux. C'est
jour de fêteÖ et même pas de grèves de
tramways. O folle indiscipline sur des tapis de fourmis écrasées.
Quel exploit mon facteur déchiffre ta calligraphie
les pieds dans la pluie.
Le ciel te bénit et mes lèvres t'embrassent.
F. Arrabal
Septembre 1991
Dring ! Dring !Ö Julius,
Voici ta préface pour Bx et pour herbelettes amoureuses.
Tu dois faire un tiré-à-partÖ mais sans embêter
DieuÖ Avec une gravure, une litho et un beau tétin.
Mais que fais-tu encore là-bas dans ton île ?
Dans le champ des averses le long de la Tamise ? Les feux
de la merÖ les orages de la pomme, Ö les charges du
numéro troisÖ à la fin ça doit être
lassant. Je prie pour toiÖ au moins, peins-tu ?
Pas de nouvelles de Cuenca (1).
Salut beau corps !
F. Arrabal
(1) Ville espagnole où vit Antonio
Savra.
Septembre 1991
Diabolique Baltazar, Satan,
As-tu l'adresse d'un encadreur foulé par les chevaux ?
J'ai quelques Tanguy, Magritte et DaliÖ et il paraît
que leurs cadres actuels ne sont pas dignes d'eux ni de Crésus.
Notre époque, Satan, ne roule plus carrosse.
Dois-je ressortir mon gazogène pour cacher une aussi longue
misère privée de louanges ? Comment vont les
Broomhead, leur merveilleuse maman à la voix divine et
anglaise, et mon compatriote Juan Carlos Canovas, Duc de Belchi
d'après les ventres des tombeaux ? Il mérite
ce titre comme le violon l'archet, et en plus mille mots tronçonnés
au baiser de Platon. Arman est passé par la galerie :
c'est un homme de goût, donc. Tel un goëland coupé
de son aile.
Majestueusement tien et en toute maturité.
F. Arrabal
Septembre 1991
Cher Baltazar au goût d'estragon,
Impossible d'être à Toulouse pour ton vernissage
(1). J'espère qu'il y aura des locomotives marquées
de baisers. Mon livre sur Dali n,est pas encore fini et je file
à 23 núuds sur la mer de Chine. J'ai promis le
livre pour le 30 septembre (encore heureux que ce ne soit pas
pour le 30 février). La tension exotique s'accroît
sur les portes fermées et la patrie enivrée. Si
tu veux que je puisse faire une conférence sur toi à
Bx il faut laisser à la maison (jusqu'au 13) quelques
astrologues aux fruits mûrs.
Je n'ai pas reçu les épreuves de mon texte pour
ton catalogue. Gare à toi si je vois traîner une
coquille ou de la marmelade de crime.
Donne-moi de bonnes nouvelles sur ton " expo "
à Toulouse et de mauvaises sur les maréchaux-ferrants.
Je t'envoie de verts buissons pillés.
F. Arrabal
(1) Exposition à la Galerie Inard.
Septembre 1991
Monstre,
J'ai signé les Affiches sans lanternes ni carrioles.
Toujours pas reçu les épreuves pour Bruxelles ni
les vitres grises pour une laverie qu'on pourrait s'acheter pour
notre anniversaire non commun. Néanmoins j'ai " faxé "
à ton Perse la confirmation de ma conférence sur
toi le 18 octobre. J'espère que tes amis belges viendront
avec leurs chambres roses.
Je ferme tes paupières Xénius.
F. Arrabal
Septembre 1991
Redresseur de carreaux d'or, querido Julio,
Argimon (1) m'a donné son adresse d'un long baiser
à la Toto. Je l'ai notée sur un papier vorace qui
a pris ses cliques et ses claques dans la demi-clarté.
Peux-tu me la recopier sur un chien en flammes, par exemple ?
Je vais le voir à Barcelone autant qu'il pleut. Je voudrais
voir ses peintures dans son atelier.
Au lever du jour, libres d'appréhension, les bateaux au
loin meuglent d'inespoir. La ria de Bilbao aux pieds de plomb
se plaint du mal que nous lui faisons.
Besos, éther rayonnant.
F. Arrabal
(1) Daniel Argimon : peintre catalan,
né en 1930.
Octobre 1991
Guapísima Zoë,
Bravo à Laubiès (1), à toi et à
la forêt éternuée pour de bon.
Avec vous jusqu'aux Indes frénétiques dans les
oliviers.
F. Arrabal
(1) René Laubiès : peintre
français, né en 1928. A illustré de lithographies
" Caprices d'un invisible élan " de
F.A. Editions Zoë Cristiani, 1991.
Octobre 1991
Monstre, monstre, monstre,
Et monstre, je ne le dirai jamais assez lorsque l'aurore se
lève.
Rentré rue Jouffroy j'ai constaté,
au bord des tourterelles,
qu'il n'y avait aucune reliure de Renaud Vernier (1) en soudaine
pâmaison
sur mes Arrabeaux
Dis-lui que je suis prêt à changer mon âme
(et une partie de mes poumons) plus celle du Roi d'Espagne
pour une seule de ses perles.
Ne craignez rien : vous irez tous en enfer Vous : les
Miguet, Vernier, Butor, GuillevicÖ
Ni regrets, no frissons.
Je te hais jusqu'à midi trente.
Je connais le mot final de la chimère.
Careful Adiós.
F. Arrabal
(1) Relieur français né en 1950.
Novembre 1991
Cher Monstre,
Tu as prouvé, olifant saumâtre, avec
Amazone
que tu excellais
dans ta litho. Yes ! Si ! si ! Que de temps perdu à bâbord
sans foi. Je te suggère de courir chez Bramsen pour enluminer
mon texte 1992.
Pense aux enveloppes, que je puisse les glisser dans la boîte
alerte à l'heure païenne... Et ton livre avec Octavio
Paz (1) ?
A bientôt, monstre, cache tes briques blondes et ta corne
d'abondance... Trop de plagiaires mous...
Ton pélican à grands frais.
F. Arrabal
(1) Octavio Paz: poète mexicain, né
en 1914.
Novembre 1991
Ma chère voile à vis,
Ma maison, branchée sur une étoile est devenue
palais. Accours voir l'Argimon dans son cadre et le César
sous sa cloche de verre, son képi au point singulier de
l'histoire. Michel Broomhead est un truly caballero castillan
comme son nom l'indique. Il me gâte, il me prend pour une
Belle au Bois Dormant " en passepoil ". Le cadre d'Argimon
fait pâlir d'envie la foule qui huait Prométhée.
(D'ailleurs l'aigle pirouette autour des photographes libidineux.)
Passe chez moi avec un carton (et un chef de gare péruvien)
pour prendre les manuscrits sur lithos de Pouperon. Bon voyage
à Avignon avec la Veuve Christy. Je sais qu'elle t'a donné
à téter pendant 6 jours... Et, menteur, tu as eu
le culot de m'assurer que "cette femme est de bonne compagnie
".
Bestia immunda.
F. Arrabal
27 décembre 1991
Mon cher Christophe Colomb, satanique Julius,
J'ai reçu un mot de Colette Gallimard pour me remercier.
Dans ce monde enragé et mou comme un Mongol sa lettre
s'envole comme les pigeons de Venise. J'aimerais lui écrire
chez elle. Astu son adresse ?
Quand estu de retour de ton île, Sisyphe ? N'abuse pas
de l'escrime au luth ni de serpolet aux cornes de bélier.
Cette semaine j'écris dans l'Express (échecs) sur
Octavio Paz (1) (en vente dans tous les kiosques aux rideaux
tombants).
Je t'envoie un matelas de noirs sanglots.
F. Arrabal
(1) Octavio Paz: poète mexicain, né
en 1914.
1991
Incertain Baltazar,
Cijoint le texte manuscrit pour la télécarte
Alcatel sans bois bleu ni flûtes de Narcisse. Et ne te
regarde plus dans l'eau... espèce de myrte allongé.
A combien de cartes auraije droit ? J'ai tant d'amis aux calices
pleins ! Serontelles prêtes pour septembre à mivoix
?
Vite, donnemoi ton numéro de fax, je languis de beauté
parmi les arbres croisés.
Reçois une lune, pleine, aux insectes.
F. Arrabal
New York 1991
Mon cadran solaire de pluie,
Je retarde mon retour d'une quinzaine, mon ventre réclame
son salaire un journal sur la planche... mais Grégoire
Samsa s'est éveillé transformé dans son
lit en une formidable vermine. N. Y. toujours N. Y. !
Aie la patience d'attendre pour les signatures en distendant
un peu les lois physiques comme le conseillait M. Duchamp (1)
entre deux parties d'échecs.
Joshua Watsky a été d'une inconscience de marié
mis à nu par ses célibataires : il roulait à
la vitesse des étoiles dans les rues de N. Y. telle la
Joconde à coups retirés. Quel acteur
Tu pourras assister au montage avec tes assiettes.
Ne mâche plus la couronne boréale... Je rentre.
Tu me manques... sans paratonnerre.
F. Arrabal
(1) Marcel Duchamp: peintre français,
né en 1887.
1991
Fax para el número 0733147267069
Dear fleur obscure,
J'écris un livre sur Goya. Je te sais en relation avec
les Prouté (1). J'aimerais qu'ils me montrent leurs enfers.
Je voudrais voir des eauxfortes.
J'ai rencontré un gueux, les rideaux tirés sur
la mer. Que penser Estce un présage ?
Abrazos devant l'impératrice impassible.
F. Arrabal
(1) Prouté : marchand de dessins et
gravures anciens et contemporains de Paris.
Janvier 1991
Yes, my dear Julius, c'est d'accord,
... J'écrirai un texte pour Laubiès (1) dans
l'espace blafard qu'il adore, me sembletil.
Mais j'aimerais qu'il fasse d'abord aux confins de sa dune ses
lithographies. Quand vientil chez moi ? (Jouffroy)
Des fjords flottent sur les collines et évoquent l'esprit
de l'hiver sous la protection des frissons, Je songe à
Jupiter (Zeus) et à Socrate mon double sous son noir parapluie.
Pitié pour tes désirs bestiaux... monstre. I kiss
you.
F. Arrabal
(1) René : peintre français,
né en 1930. Caprices d'un invisible élan, 1991.
25 février 1992
Exquis assassin,
Dis à Clerté (1) que j'écris son texte
dans la violence divine, puisqu'il me semble que c'est un peintre
mystique. La beauté de sa femme américaine doit
beaucoup l'aider dans ses prières et même dans ses
frissons. Joan Miroo (2) était trop pusillanime pour blasphémer
en présence de croyants ou prier devant des athées.
L'art contemporain est pavé d'allégeance et même
de résignation. Cortázar (3), Matta (4), Adamov
(5), Neruda (6), Quasimodo (7), Picasso (8)... tant de dons,
de génie pour finir dans la soumission ! Je crois que
La Fontaine a écrit quelque chose comme " Les chemins
de fleurs ne conduisent pas à la gloire ". Prenons
note, kamarade. Nous avons foudroyé Diogène, condamné
à mort Socrate (et mon père), méprisé
Confucius, écarté Maïmonide (9)... Venez fidèles
adorer ce fripon primitif : le pouvoir.
Un puissant courant fataliste façonne la réalité
à l'intérieur de mon cerveau... mais demain je
serai optimiste comme un séquoia. Je vais pratiquer le
sumo, art martial de l'oubli de soi.
Besos blancs avec une ceinture de tulle.
F. Arrabal
(1) Jean Clerté : peintre français,
né en 1933. (2) Joan Miró : peintre espagnol, né
en 1893. (3) Julio Cortázar : écrivain argentin,
né en 1914. (4) Roberto Matta : peintre chilien, né
en 1911. (5) Arthur Adamov : dramaturge français, né
en 1908. (6) Pablo Neruda : poète chilien, né en
1904. (7) Salvatore Quasimodo : poète italien, né
en 1901. (8) Pablo Picasso : peintre espagnol, né en 1881.
(9) Moïse Maïimonide philosophe juif né à
Cordoue en 1135.
12 mars 1992
Cher Baltazar sultan de Reykjavik,
A Rome entre Verdiglioni et Ellenstein, les Desanti et JeanPierre
Faye, Zinoviev et Marek Halter, je couche dehors près
de la minute de silence. Verdiglione (1) : Xenius. Ellenstein
(2) : l'oeil aussi transparent que les métamorphoses d'Ovide.
Ms Desanti (3): une toute petite fille succombant à la
tentation. Mr Desanti (4) : lion de gouttière. J.P. Faye
(5) : hors du temps à 7 h précises. Zinoviev (6)
: le miracle annoncé par la logique. Marek Halter (7)
: l'or qui roule. Comme il n'y a pas de corbeaux de SaintSulpice
au Vatican je ne peux pas te parler du Pape. Victor Hugo, à
moi !!!
A Rome une quantité incroyable de baleines, de chevaux,
d'accents graves, de bardes et de cordes de pianos aisés,
de vendanges, d'incubes et de succubes, de " mallarmés
", de bourreliers tonnelés de barbotaires et de boxons,
d'organes féminins (et même de masculins !)... et
j'en passe, aux longs cheveux. Pour tout te dire Rome (mais suisje
à Rome ?) n'a de bon que ce qu'elle a de meilleur (voire
de pire).
Je te chante une aria au beau tétin, mon Julius écartelé.
F. Arrabal
(1) Armando Verdiglione : écrivain
et psychanalyste italien, né en 1947. (2) Jean Ellenstein
: historien français, né en 1927. (3) Dominique
Desanti : écrivain française, née en 1928.
(4) JeanToussant Desanti : mathématicien français,
né en 1927. (5) JeanPierre Faye : écrivain français,
né en 1927. (6) Alexandre Zinoviev: romancier russe, né
en 1928. (7) Marek Halter : écrivain français,
né en 1933.
Mars 1992
Sur toi postiche,
Retrouvemoi au " Saga " à 14 h vendredi lorsque
les chauves se vident à l'intérieur de leur cerveau.
Besos tantriques comme l'arcenciel.
F. Arrabal
Mars 1992
Cher Baltazar,
Je fais une " party " avec les Godard (1), les Delpy
(2), les Fedoroff (3), les Harold (4) et peutêtre les Pouperon
(5).
Nous parlerons de l'immortalité de l'âme... d'après
Socrate. Ne sois pas fainéant : bouquine un peu... et
prépare déjà la prochaine tertulia (6) sur
Diogène et les cyniques. Viens faire la roue comme un
paon ganté de blanc.
J'ai construit un marché aux lièvres à l'intérieur
de mon armoire à glace en souvenir de mes parties d'échecs
avec Tristan Tzara (7). "La grande rigolade " disent
ces lièvres jamais plus tard que leurs souvenirs. Une
fille nue nage dans le casier à linge, prenant ses mesures
pour la postérité. Dieu s'assoit sur la tringle
à vêtements et des fois, enjôleur sur le cintre
de mon pantalon. Estce une preuve de son amour ? Les lièvres
et la fille nue prétendent que je prie trop pour qu'il
m'écoute. Mais qu'estce qu'elles font à l'intérieur
de mes meubles et de ma conscience ? Mécréantes
!
T. Tzara trichait des fois... ! Aux échecs ! Il replaçait
ses pions "morts ". Quel attendrissement matérialiste
taillé dans la libido.
Je t'embrasse tout endormi.
F. Arrabal
(1) Maxime Godard, photographe français, né
en 1945, et Graziela Godard, peintre, italienne, née en
1959. (2) Albert Delpy et Marie Pillet : comédiens français,
nés en 1939. (3) Michelle Fedorof philosophe française,
née en 1942 et Michel Fedorof poète français,
né en 1931. (4) Claude Harold, comédien français,
né en 1948, et Agnès D. écrivain, française,
née en 1949. (5) Liliane et Patrice Pouperon : peintres
français, nés en 1936 et 1933. (6) " tertulia
" : réunion de personnes qui se rencontrent habituellement
pour converser et réfléchir. (7) Tristan Tzara
: fondateur du mouvement Dada, né en 1896.
1992
Cher Julius sur les sables,
Alors ça y est Catherine Aubry a ouvert sa librairie
(1) !
Entre l'écho et la chimère un tonnerre de mandolines
la félicite. Elle mérite des artistes et des écrivains
aux plages sans serrures et des peintres derrière les
cloisons.
J'irai la voir avec ma sulfateuse d'ici peu. Sertelle le thé
de quatre à six ?
Versetelle le lait avant le thé ? Le thé avant
le lait ou des larmes au galop ? Que ce soit l'un ou l'autre
(ou vice versa) je lui offrirai un napperon brodé par
Madame Miro (colonel de la Garde Civile Espagnole).
Besos à l'odeur familière.
F. Arrabal
(1) " Lettres et images ", dans
le passage Vivienne à Paris, spécialiste d'ouvrages
de bibliophilie.
1992
ô, Oh, (Ho) grand Baltazar Kundera du pinceau,
Quelle excellente idée !
" Piangete, donne, e con voi pianga Amore " (*)
(Pleurez, dames, et toi Amour, pleurez ensemble)
... Adieu Babylone chez Rougerie ! Oui. Mais il faut pour que
le livre soit réussi une de tes gravures. (Le ciel lasse
et la brise pèse entre les rideaux tirés par King
Kong.)
Dommage que tu n'aies pas pu venir à New York jouer dans
le film. Je t'aime comme acteur galonné d'or autant que
Jeanne d'Arc à la bataille d'Austerlitz (SeineetOise).
Après Max Jacob, Suarez, SaintPolRoux... Moi ! chez Rougerie...
J'aurais donné mon âme (en catimini), mes pantoufles
d'éternité et tous les cigares (éveillés)
de La Habana pour payer semblable honneur.
Ave Julius (*) Gaspara Stampa te saluta.
F. Arrabal
Octobre 1992
Batelot Baltazar matelot de la reine,
Amarre ton canot à moteur devant le 22 rue Jouffroy.
J'ai reçu quelques offrandes, chocolats, foie gras, poulettes
au chou, à la rhubarbe, quelques vins fins aux noms légendaires...
et surtout Barcarola (1) la revue de l'homme élégant.
De ma chambre ta couverture m'aide à attendre (entre les
draps) le retour des cerises coeurdepigeon et des harengs saurs
de l'Angélus du soir.
Seul le pilote veillera quand le dromadaire couronné de
lis viendra nous rejoindre au lit.
Assourdi par le chant des nautonniers je m'enivre en grondant.
F. Arrabal
(1) Barcarola. : Revue publiée en Espagne.
Numéro spécial sur F.A. pour lequel Baltazar a
réalisé la couverture.
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