NOUVEAU LIVRE:

 

Le populaire du centre

28 avril 2000

 


Arrabal: A la recherche du père disparu

FERNANDO ARRABAL porte le nom et le prénom de son père, lieutenant d'infanterie condamné à mort en 1936 pour avoir refusé de se battre avec les franquistes. Peine commuée en détention à perpétuité, puis en libération pour raison de santé. Fernando Arrabal Ruiz sera en effet transféré dans un établissement psychiatrique, après, semble-t-il, avoir tenté de mettre fin a ses jours. Une clinique dont il s'évadera quelques mois plus tard, sous la neige et en pyjama. Depuis, plus de trace de lui.
De ce père avec lequel il a vécu moins de quatre ans, Fernando Arrabal ne garde que le souvenir de deux mains recouvrant ses chevilles de sable sur la plage. dc Melilla où il est né. Dès l'adoIes-cence, après avoir découvert le contenu d'un coffret dissimulé par sa mère, le garçon va tenter de redonner un visage à Ces mains orphelines. Comprenant enfin que son père n'est pas mort comme a tenté dc le lui faire croit-c sa mère, il va tout faire pour retrouver sa trace. Une enquête qui dure maintenant depuis près de 60 ans, sans résultat.
S'il ne retrouve pas son père, Arrabal redécouvre sa mère au fil (le ces recherches dans les archives des établissements pénitentiaires espagnols. Pourquoi a-t-elle tenté de lui faire croire que son père était mort? Pourquoi a-t-elle détourné les nombreuses lettres qu'il envoyait de prîson à son fils ? Pourquoi a-t-elle refusé de le recueillir lorsqu'il a été libéré, préférant le voir enfermé dans un hôpital psychiatirque ? Pourquoi lui reproche-t-elle sans cesse d'avoir sacrifié sa famille à ses idées ? Pourquoi lui avoir caché que la locomotive offerte à Noel avait en fait été confectionnée par son père, dans sa cellule ? Ce que confirme l'inscription, recouverte de peinture, que Fer-nando découvrira bien plus tard :
"Souviens-toi de ton père".
Au fur et à mesure où Arrabal développe un amour démesuré pour un père qu'il n'a pas connu, monte en lui une haine tout aussi disproportionnée pour une mère qui l'enferme dans le secret, le reçoit volets fermés, et lui reproche les sacrifices qu'elle a dû consentir pour l'élever seule. Ce sont ces sentiments contradictoires que l'écrivain, dramaturge, poète, cinéaste espagnol (mais re-ugié à Paris depuis 1955) exprime dans "Porté disparu". Un ouvrage hétèroclyte dans lequel Arrabal mêle plusieurs genres littéraires : récit, bien sûr, mais aussi journal, échanges épisto-laires. théâtre... Comme si le fantôme de ce père ni mort ni vivant ne pouvait hanter un lieu unique.

Après ce livre, Arrabal n'abandonne pas sa quête. Sur un site internet, créé pour lui par l'artiste Franziska Megert
( h t t p : / I w w w . a r r abal.org/padre.html), il lance un appel pour tenter d'obtenir de nouvelles informations sur son père. A noter également que 400 de ses ouvrages, poèmes illustrés (par Dali, Picasso, Saura. etc.), et livres-objets seront exposés à partir du 29 avril au musée de Bayeux.
J.P...

"Porté disparu", par Fernando Arrabal, Plon, 203 pages. 110 F.