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FERNANDO ARRABAL porte le nom
et le prénom de son père, lieutenant d'infanterie
condamné à mort en 1936 pour avoir refusé
de se battre avec les franquistes. Peine commuée en détention
à perpétuité, puis en libération
pour raison de santé. Fernando Arrabal Ruiz sera en effet
transféré dans un établissement psychiatrique,
après, semble-t-il, avoir tenté de mettre fin a
ses jours. Une clinique dont il s'évadera quelques mois
plus tard, sous la neige et en pyjama. Depuis, plus de trace
de lui.
De ce père avec lequel il a vécu moins de quatre
ans, Fernando Arrabal ne garde que le souvenir de deux mains
recouvrant ses chevilles de sable sur la plage. dc Melilla où
il est né. Dès l'adoIes-cence, après avoir
découvert le contenu d'un coffret dissimulé par
sa mère, le garçon va tenter de redonner un visage
à Ces mains orphelines. Comprenant enfin que son père
n'est pas mort comme a tenté dc le lui faire croit-c sa
mère, il va tout faire pour retrouver sa trace. Une enquête
qui dure maintenant depuis près de 60 ans, sans résultat.
S'il ne retrouve pas son père, Arrabal redécouvre
sa mère au fil (le ces recherches dans les archives des
établissements pénitentiaires espagnols. Pourquoi
a-t-elle tenté de lui faire croire que son père
était mort? Pourquoi a-t-elle détourné les
nombreuses lettres qu'il envoyait de prîson à son
fils ? Pourquoi a-t-elle refusé de le recueillir lorsqu'il
a été libéré, préférant
le voir enfermé dans un hôpital psychiatirque ?
Pourquoi lui reproche-t-elle sans cesse d'avoir sacrifié
sa famille à ses idées ? Pourquoi lui avoir caché
que la locomotive offerte à Noel avait en fait été
confectionnée par son père, dans sa cellule ? Ce
que confirme l'inscription, recouverte de peinture, que Fer-nando
découvrira bien plus tard :
"Souviens-toi de ton père".
Au fur et à mesure où Arrabal développe
un amour démesuré pour un père qu'il n'a
pas connu, monte en lui une haine tout aussi disproportionnée
pour une mère qui l'enferme dans le secret, le reçoit
volets fermés, et lui reproche les sacrifices qu'elle
a dû consentir pour l'élever seule. Ce sont ces
sentiments contradictoires que l'écrivain, dramaturge,
poète, cinéaste espagnol (mais re-ugié à
Paris depuis 1955) exprime dans "Porté disparu".
Un ouvrage hétèroclyte dans lequel Arrabal mêle
plusieurs genres littéraires : récit, bien sûr,
mais aussi journal, échanges épisto-laires. théâtre...
Comme si le fantôme de ce père ni mort ni vivant
ne pouvait hanter un lieu unique.
Après ce livre, Arrabal n'abandonne pas sa quête. Sur un site internet, créé pour lui par l'artiste Franziska Megert
( h t t p : / I w w w . a r r abal.org/padre.html), il lance
un appel pour tenter d'obtenir de nouvelles informations sur
son père. A noter également que 400 de ses ouvrages,
poèmes illustrés (par Dali, Picasso, Saura. etc.),
et livres-objets seront exposés à partir du 29
avril au musée de Bayeux.
J.P...
"Porté disparu", par Fernando Arrabal, Plon,
203 pages. 110 F.
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