NOUVEAU LIVRE:

1er MAI 2000

Des mains sur les chevilles...

Fernando Arrabal
Poète, dramaturge, peintre, fondateur du mouvement « panique» en 1962, avec Jodorowsky, Topor et Sternberg, auteur fétiche des années de provocation, défricheur des planches dans le sillon d'Artaud, prisonnier des geôles franquistes, cinéaste (Viva fa mue rte, J'irai comme un cheval fou, Guernica..), grand architecte du jeu d'échecs, Fernando Arrabal est de ces artistes qui ont traversé ce siècle finissant, ses violences, ses lignes de démarcation mentale, ses barbelés et ses camps. « Il parvient à fa justice / en sautant sur le feu / le regard des braises/ affile son geste » écrit de lui Michel Butor. « On aimera ce que tu écris, après ta mort, comme on aime les textes de Lautréamont, de Rimbaud, de Victor Hugo » dît la mère, haïe et aimée, aimante et mante, dans la Pierre de la folie, premier recueil de poèmes publié en 1970; Un jour, on reviendra à Arrabal, à sa prodigieuse vitalité, à sa profusion baro que, à sa précision mathématique, à sa pureté absolue jaillie des pires profondeurs de l'être. Aujourd'hui, à 68 ans, il nous livre un émouvant Porté disparu. Reprenons les faits :
du père, Arrabal ne garde que le souvenir de deux grandes mains posées sur ses chevilles, dans le sable de la plage de Mellila. Arrêté en 1936 - le petit Fernando n'a que quatre ans - ce
lieutenant d'infanterie sera condamné à mort pour ne pas avoir rejoint la rebellion franquiste, s'enfuîera pour toujours en 1941. Aucune trace. Rien. Juste une pipe et une petite locomotive parvenue à Fernando... avec sous la peinture noire, quelques mots, moteurs de
toute une vie : « Souviens-toi. de papa »Volets clos sur le monde, la mère ingére la morale des bourreaux. Sur les photos de Mellila, un personnage est toujours découpé aux ciseaux. Porté disparu est écrit comme une enquête, avec des procès verbaux, des lettres, des faits. Arrabal ne demande p as de comptes. Il se situe àau eur d'être, comme dans cette fameuse lettre à Franco, où derrière les masques, il s'adresse directement à.l'homme... < Je crois que vous souffrez infiniment :
seul un être qui ressent une telle souffrance peut imposer tant de douleur autour de lui ». A celle qui le rendît heureux en lui apprenant le noeud papillon, la raie droite dans les cheveux ou « le robînet à gauche », Fernando finit par écrire... « Je te souhaite longue vie maman.. » Que de chemins, de pièces, de films, de poèmes, pour aimer encore !
Hervé LEROY