Pendant des années, le jeune Fernando
a cru les mensonges de sa mère.
Un jour il découvre la vérité..
Sur les photos de famille, une silhouette decoupée
: celle du père de Femando Arrabal. Un monstre d'égoïsme,
ressassait sa mère, un révolutionnaire aussi exalté
que porté sur la bouteille, qui avait pris parti contre
Franco sans penser aux conséquences de son geste insensé.
Condamné à mort, le lâche s'était,
selon la version maternelle, suicidé dans un asile psychiatrique,
les laissant dans la misère. «Je veux que tu saches
que ton père a été
jusqu'à m'insulter et dire que je l'avais dénoncé,
se lamentait la veuve du lieutenant Arrabal. Toute ma vie j'ai
dû boire le calice jusqu'à la lie. Toute ma vie
on m'a rendu le mal pour le bien. Comme toutes ces choses brisent
mon pauvre coeur de mère martyre.»
De ce géniteur irresponsable qui n'envoyait ni lettres
ni cadeaux aux deux êtres éplorés qui l'attendaient
désespérés, Fernando ne conservait qu'un
vague souvenir, celui d'un homme joueur qui lui ensablait les
pieds sur la plage et qui fumait sa pipe Dr Plumb. C'était
peu, mais surtout c'était faux. Complètement faux.
Car, lorsque Fernando part en quête de la vérité,
il découvre l'ampleur du mensonge maternel. Non, son père
ne s'est pas suicidé. Non, il n'est pas resté muet
dans sa prison.
Au contraire, il a envoyé cartes postales, lettres et
cadeaux. En grattant la peinture d'une petite locomotive offerte
par sa mère et prétendument achetée à
Salamanque, Arrabal découvre l'inscription «Souviens-toi
de papa ». Surtout, il fait la preuve que l'administration
franquiste a très vite cherché à libérer
son prisonnier.
Il aurait suffi pour cela que son épouse accepte de l'accueillir
chez elle, geste qu'elle ne fera jamais. Au contraire, elle se
battra avec opiniâtreté pour qu'on l'interne en
psychiatrie. Et, une fois que le lieutenant déchu, qui
n'était ni fou ni alcoolique, réussira la belle,
elle se déchaînera pour obtenir de l'administration
un certificat de décès (qu'elle obtiendra), puis
de suicide (qui lui sera refusé). Ce livre déchirant,
magnifique, qui est aussi une charge terrible contre le régime
de Franco, contient une double interrogation
- pourquoi son père n'a-t-il jamais réapparu ?
pourquoi sa mère s'est-elle enfermée dans son mensonge
? - et un mystère : comment, après ce drame inouï,
Arrabal chérit-il encore celle qui lui a donné
la vie au point de lui écrire : «Je te souhaite
longue vie, maman. Comble-moi de ce présent» ?
Thierry Gandillot
Porté dlsparu., par Femando Arrabal. Plon, 203 p., 110
F.
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