NOUVEAU LIVRE:

 

27/4/ 2000

Viva ArrabaI!

Fernando Arrabal

Pendant des années, le jeune Fernando
a cru les mensonges de sa mère.
Un jour il découvre la vérité..

Sur les photos de famille, une silhouette decoupée : celle du père de Femando Arrabal. Un monstre d'égoïsme, ressassait sa mère, un révolutionnaire aussi exalté que porté sur la bouteille, qui avait pris parti contre Franco sans penser aux conséquences de son geste insensé. Condamné à mort, le lâche s'était, selon la version maternelle, suicidé dans un asile psychiatrique, les laissant dans la misère. «Je veux que tu saches que ton père a été
jusqu'à m'insulter et dire que je l'avais dénoncé, se lamentait la veuve du lieutenant Arrabal. Toute ma vie j'ai dû boire le calice jusqu'à la lie. Toute ma vie on m'a rendu le mal pour le bien. Comme toutes ces choses brisent mon pauvre coeur de mère martyre.»
De ce géniteur irresponsable qui n'envoyait ni lettres ni cadeaux aux deux êtres éplorés qui l'attendaient désespérés, Fernando ne conservait qu'un vague souvenir, celui d'un homme joueur qui lui ensablait les pieds sur la plage et qui fumait sa pipe Dr Plumb. C'était peu, mais surtout c'était faux. Complètement faux. Car, lorsque Fernando part en quête de la vérité, il découvre l'ampleur du mensonge maternel. Non, son père ne s'est pas suicidé. Non, il n'est pas resté muet dans sa prison.
Au contraire, il a envoyé cartes postales, lettres et cadeaux. En grattant la peinture d'une petite locomotive offerte par sa mère et prétendument achetée à Salamanque, Arrabal découvre l'inscription «Souviens-toi de papa ». Surtout, il fait la preuve que l'administration franquiste a très vite cherché à libérer son prisonnier.
Il aurait suffi pour cela que son épouse accepte de l'accueillir chez elle, geste qu'elle ne fera jamais. Au contraire, elle se battra avec opiniâtreté pour qu'on l'interne en psychiatrie. Et, une fois que le lieutenant déchu, qui n'était ni fou ni alcoolique, réussira la belle,
elle se déchaînera pour obtenir de l'administration un certificat de décès (qu'elle obtiendra), puis de suicide (qui lui sera refusé). Ce livre déchirant, magnifique, qui est aussi une charge terrible contre le régime de Franco, contient une double interrogation
- pourquoi son père n'a-t-il jamais réapparu ? pourquoi sa mère s'est-elle enfermée dans son mensonge ? - et un mystère : comment, après ce drame inouï, Arrabal chérit-il encore celle qui lui a donné la vie au point de lui écrire : «Je te souhaite longue vie, maman. Comble-moi de ce présent» ?
Thierry Gandillot
Porté dlsparu., par Femando Arrabal. Plon, 203 p., 110 F.